"
Lê Van
Trung était reçu deuxième, tandis que le vétéran
Nguyên Van Ca n'était classé qu'au n° 6. Ils étaient
tous deux, ainsi que plusieurs autres lauréats,
nommés secrétaires du Gouvernement de la Cochinchine.
"
Lê Van Trung avait la réputation d'être très espiègle
et Nguyên Van Ca, grincheux et rancunier.
"
Lê Van Trung, très estimé de ses chefs, eut des
avancements scandaleux. Il se fit élire, en 1906,
conseiller colonial et obtint quelques année après
le titre le plus envié de membre du Conseil du
Gouvernement ( première notabilité annamite ),
siège devenu vacant par la mort du Tông-Dôc(1)
Dô Huu Phuong de Cho-lon, tandis que Nguyên Van
Ca continuait sa modeste carrière de secrétaire.
"
En 1926, les deux anciens potaches se rencontrèrent
de nouveau dans la Nouvelle Religion. Lê Van Trung
devint le Dâu-Su ( Cardinal ) " Thuong Trung
Nhut " et Nguyên Van Ca n'obtint que le titre
de Phôi-Su ( Archevêque ) Thai Ca Thanh. Celui-ci
se trouva donc être le subordonné de l'autre.
"
Mais l'espiègle Lê Van Trung s'assagit considérablement
et devint un religieux modèle. Il marqua beaucoup
d'égards à Thai Ca Thanh et le traita en frère
plus âgé que lui. Pour prouver sa sympathie à
Thai Ca Thanh, il lui confia l'administration
du Sacerdoce et le nomma Président du conseil
sacerdotal, bien que le grade de Thai Ca Thanh
ne le destinait pas à ces hautes fonctions.
"
Les apparences faisaient croire que Thuong Trung
Nhut et Thai Ca Thanh devraient passer ensemble
le reste de leurs jours au Saint-Siège et vivraient
désormais en frères inséparables. Cependant, vers
fin 1930, pour obéir à un décret papal prescrivant
aux dignitaires d'à partir du grade de Phôi-Su,
de venir habiter définitivement au Saint-Siège,
Thai Ca Thanh qui, jusque-là, faisait la navette
entre Tây-ninh et son foyer familial à My-tho,
demanda à Thuong Trung Nhut la permission de rentrer
dans sa famille pendant une quinzaine de jours,
pour arranger ses affaires une fois pour toutes,
afin de pouvoir ensuite revenir au Saint-Siège,
s'y fixer définitivement.
"
On se quittait donc en bons frères.
"
Mais étrange destinée que celle de Thai Ca Thanh
! Malgré sa promesse formelle de ne pas s'arrêter
à l'oratoire dissident de Câu-kho ( Sàigon ),
il y fut malheureusement entraîné par les dirigeants
de cette secte et n'eut pas le courage de résister.
Il y passa quelques semaines où il fut transformé
complètement.
"
D'une part, sans doute, mal conseillé par les
dissidents de Câu-kho et surtout par l'ex-Ngoc
Chuong Phap ( Cardinal Censeur de la Branche confucéenne
), Trân Dao Quang, qui l'aurait monté contre Thuong
Trung Nhut, et, de l'autre, ayant eu des ennuis
dans sa famille ( sa femme et ses enfants refusant
de se convertir au caodaïsme, lui ayant créé toutes
sortes de misères ), il ne revint plus au Saint-Siège.
Nguyên Van Ca fonda alors " la Grande Religion
de la Vraie Vérité " ( sic ), et il traita
Tây-ninh de secte de mensonge et œuvre diabolique
! Citons encore : " Les Esprits malins donnèrent
à l'oratoire de Thai Ca Thanh le nom de Toà-Thanh-Trung-Uong
( Saint-Siège du Milieu ). Par le truchement des
mêmes médiums, l'ex-Cardinal Trân Dao Quang fut
bombardé Représentant du " Pape spirituel
Ly Tai Pé ", titre purement honorifique,
mais, en réalité, il servit de mannequin à Thai
Ca Thanh qui fut le seul seigneur et maître. Thai
Ca thanh fut nommé Dâu-Su ( Cardinal ) Thai Ca
Nhut. Lê Van Trung portait le nom religieux de
Thuong ( Branche Taoïste ) Trung ( son nom ) Nhut
( soleil ), ce qui voulait dire " que sa
vertu était comparable à la clarté éblouissante
du soleil ". Thai Ca thanh crut qu'étant
nommé Dâu-Su, et sa particule Thanh changée en
celle de Nhut, Lê Van Trung se verrait déchoir
de son titre de Dâu-Su et perdrait même son nom
religieux " Nhut " ( soleil ) ( Cardinal
Soleil ).
"
Le vœu de Nguyên Van Ca fut donc comblé, car il
n'eut plus à supporter son état d'infériorité
manifeste vis-à-vis de Thuong Trung Nhut, qui,
malgré tout, restait encore à l'esprit de Nguyên
Van Ca, le concurrent chanceux de 1895 et la première
notabilité annamite au bonheur insolent. "
Seuls,
les profanes vivant des milieux religieux, éprouveront
quelque étonnement à cette lecture. Les monastères
et les couvents, les églises et les ordres divers,
les réguliers et les séculiers, les hiérarchies
ecclésiastiques, que de rivalités et de haines
dramatiques.
Alors
My-tho, visiblement soutenu par certaines hautes
complaisances administratives, tenta de ruiner
Tây-ninh, au moment même de la crise communiste
: M. Krautheimer n'avait pas toujours goûté l'influence,
ni l'action de Lê Van Trung comme conseiller du
Gouvernement...
Cette
prospérité fut éphémère, d'ailleurs. Depuis 1936,
My-tho ne connaît plus les grands succès d'antan,
et les transformations radicales, révolutionnaires,
du caodaïsme, par haine de Tây-ninh, ne sont plus
qu'un souvenir historique.
Il
m'est pénible d'écrire ces choses, n'ayant personnellement
avec M. Nguyen Van Ca que des rapports d'excellente
cordialité. Mais j'essaye d'écrire une histoire,
et ce qui est plus difficile que tout au monde,
l'histoire d'une religion à ses pénibles et passionnés
commencements.
Une
autre secte d'importation chinoise ( Minh-Duong
), experte en Yoga, profita de la soif de merveilleux
et de mysticisme des Annamites :
"
Aussi, dans une séance de spiritisme, le Maître
Divin connaissant l'amour de Dao-Quang pour le
gain, et son intention de former de nombreux partisans
en vue d'une séparation, se manifesta à lui en
ces termes : " Dao-Quang, sache bien que
je considérerai celui qui cherchera à créer des
dissidences comme mon ennemi. "
"
C'était un avertissement !
"
Pour faire voir à tous ses enfants que la vertu
ne réside pas dans un beau corps ou dans une barbe
bien fournie ou sur une apparence vénérable, le
Maître Divin fit faire des fauteuils pour le Pape
et les Cardinaux, qui devraient être installés
dans le temple de Tây ninh, immédiatement après
le sanctuaire et faire face aux officiants et
aux fidèles.
"
Au jour fixé pour leur inauguration, Tran Dao
Quang et les autres cardinaux montrèrent sur ces
fauteuils pour assister - assis - à une grande
cérémonie, les officiants et les fidèles devant
se mettre à genoux en face de ces fauteuils. Les
autres cardinaux purent s'y asseoir tranquillement,
quant à Tran Dao Quang, à peine allait-il s'asseoir
sur son fauteuil qu'une force invisible le fit
projecter à terre : il n'était pas digne de son
titre. Les assistants à la fête purent alors apprécier
la valeur véritable des vertus du Cardinal Tran
Dao Quang.
"
Ne pouvant se créer aucune ressource au Saint-Siège
où il devait résider pour toujours jusqu'à sa
désincarnation et où la pratique du " Yoga
" n'était pas admise, Trân Dao Quang s'en
alla s'allier d'abord en 1928 à l'oratoire de
Câu-kho et ensuite, en 1930, à l'usurpateur Thai-Ca-Nhut
pour construire l'année suivante à Giong-Buom
( Rach-gia ) un temple dont il est depuis le maître.
"
Il
y eut une scission dans la secte, laquelle fit
de vains efforts de propagande à Hà-nôi et à Hai-phong,
et elle est entrée en période de stagnation.
La
secte de Bên-tre est présentement celle qui compte
le plus de dissidents. Elle hait Tây-ninh où,
dit-elle, " ce n'est plus le caodaïsme proprement
dit, tel qu'il a été fondé par Dieu, mais la secte
de Pham-Môn fondée par M. Pham-Công-Tac-Hô-Phap.
Celui-ci a accaparé le temple pour y établir sa
secte depuis la mort de notre ancien chef M. Lê-Van-Trung.
Ceux des caodaïstes, dignitaires et adeptes, qui
refusaient d'entrer dans la secte de Pham-Môn,
étaient impitoyablement écartés du temple
".
"
Voici l'origine de cette secte que beaucoup de
caodaïstes confondent encore actuellement avec
le caodaïsme proprement dit, parce qu'elle s'est
installée au Saint-Siège au détriment de ce dernier,
et que M. Pham-Công-Tac s'y est attribué, par
usurpation, les fonctions de chef suprême du caodaïsme.
"
Dès 1931, M. Pham-Công-Tac, chef des Médiums,
mécontent du Sacerdoce du Caodaïsme dirigé à cette
époque par notre ancien chef M. Lê-Van-Trung,
fonda la secte de Pham-Môn appelée ainsi de son
nom de famille " Pham ". Les affiliés
à cette secte, au nombre de quatre à cinq cents,
sont liés par serment. Ils sont toujours hostiles
aux caodaïstes purs. M. Pham-Công-Tac se fait
appeler par eux " Su Phu " ( Maître
Père ) puis " Dai Tu Phu " ( Père Miséricordieux
), et il les appelle tous " Con " :
Enfants, tout comme Dieu qui nous traite dans
ses messages.
"
Feu, notre ancien chef M. Lê-Van-Trung était tout
à fait contre la fondation de cette secte qu'il
qualifiait d'État dans l'État, bien
dangereux au Caodaïsme, puisqu'elle poursuit un
but absolument matériel et intéressé. C'est en
effet, une sorte d'association de Caodaïstes,
la plupart ignorants, qui mettent ensemble leurs
biens et leur travail pour exploiter la Religion
à leur profit commun.
"
La Doctrine du Caodaïsme bannit la haine et prêche
l'amour universel, en considérant tous les hommes
comme des frères issus du même Père céleste. Le
Pham-Môn pratique l'égoïsme et prêche la haine
contre tous ceux qui ne sont pas de leur bord.
"
Le Caodaïsme prescrit l'observances des cinq interdictions
bouddhiques ; le Phan-Môn les ignore et use couramment
de l'astuce et du mensonge pour vivre et se propager.
Le
Gouvernement colonial est toujours favorable et
bienveillant au Caodaïsme depuis sa fondation
en 1926. Un très grand nombre d'oratoires caodaïques
sont autorisés dans toutes les Provinces de la
Cochinchine. La pratique de son culte y est absolument
libre. Il n'y a jamais eu d'entraves systématiques.
"
Par contre, parmi les nombreuses sectes caodaïques,
y comprise celle du Pham-Môn, il y en a qui ont
attiré l'attention des pouvoirs publics par leurs
agissements suspects. Telle secte a organisé,
par exemple, des fêtes pour couronner comme un
roi, un enfant nouveau-né et investir des fonctions
de Généralissime d'armées un de ses dirigeants
; tel autre a promis à ses affiliés, moyennant
une certaine contribution versée, une distribution
de titres et de terres dont son Chef, incarnation
de Dieu, disposerait prochainement.
"
C'est pour cela que ces sectes, qui sont toutes
nées du spiritisme vulgaire dont elles abusent,
ont fait l'objet de la surveillance de la police,
avec laquelle elles ont eu quelquefois des difficultés.
"
Ce sont ces sectes qui dénaturent la belle Doctrine
du Caodaïsme auquel elles font les grands torts.
Ce sont elles qui le déchirent en maints morceaux
et qui le font déprécier aux yeux de la population.
Sans leur naissance multiple et malencontreuse,
cette Religion divine aurait déjà converti toute
la Cochinchine et aurait déjà propagé librement
sa doctrine dans toutes les autres parties de
l'Union Indochinoise ". ( Document signé
des délégués du Sacerdoce, 15-09-38 ).
Nous
avons vu précédemment ce qu'il fallait penser
des plus virulentes de ces accusations. L'étude
de notre Frère Lê-Van-Bay est sévère pour le Pape
de Bên-tre, ami de M. Pagès qui reçut de lui maints
rapports secrets. Mais nous ne voulons pas ici
exploiter toute la documentation que nous avons
sous les yeux. Autant vaudrait jeter de l'huile
sur le feu. Misérable faiblesse humaine ! Si les
âmes religieuses en sont là encore, comment s'étonner
que les païens et les profanes en viennent à se
massacrer périodiquement ?
Nous
ne citerons de cette très douloureuse histoire
qu'un passage ( Doléances n° 3,4,5 ) :
3
) Par suite des manœuvres des nouveaux Judas,
de connivence avec le jeune délégué susvisé, l'Administrateur,
Chef de la Province de Tây-ninh, avait donné l'ordre
formel aux notables du village de Long-thanh (
où se trouve le Saint-Siège ) de refuser absolument
de prêter main-forte aux dirigeants du Saint-Siège,
quand ils les requéraient et de n'intervenir que
lorsqu'il y aurait eu effusion de sang, afin de
pouvoir sévir contre les dirigeants et de fermer
le temple, même si ceux-ci ou leurs coreligionnaires
étaient les victimes.
4
) A quelque cent mètres du Saint-Siège ; au lieu
dit " Thai-Binh-Thanh-Dia " ( village
paisible de la Terre Sainte), d'une contenance
de 80 hectares de forêts, défrichés par les soins
du Sacerdoce, le pape Thuong-Trung-Nhut créa un
village modèle où n'étaient admises que les familles
caodaïstes dont tous les membres pratiquaient
le régime végétarien complet, étaient de bonnes
vie et mœurs et, surtout, caodaïstes vertueux,
sachant se soumettre aux lois de l'Église.
C'était une agglomération de plus de 500 maisons
habitées par plus de deux mille personnes ( hommes
et femmes ), enfants non compris.
Il
y fit construire un marché où ne se vendaient
que les produits végétariens, pas un seul morceau
de viande, ni de poisson, pas même de la saumure
!
Les
gens passaient dans ce village une existence honnête
vraiment paisible et heureuse, ne connaissant
pas d'ennemis, ni même d'adversaires, allaient
tous les jours aux messes et employaient leurs
loisirs à pratiquer la vertu.
Thuong-Tuong-Thanh
qui représentait en ce moment la Religion auprès
de l'Administration se laissa imposer la destruction
de ce marché. La province de Tây-ninh fit construire
à quelques centaines de mètres plus loin, sur
un terrain communal, un marché public où les vivres
du régime carné se vendaient et se vendent en
abondance.
Aidé
des Autorités, Thuong-Tuong-Thanh et Ngoc-Trang-Thanh
poussèrent les habitants du village modèle à se
révolter contre l'autorité papale. Abusant de
ce que le terrain où était édifié le village,
était inscrit à son nom, Thuong-Tuong-Thanh y
vit construire avec l'assentiment des Autorités
une maison de réunion destinée aux révoltés qui
s'y rendaient pour créer des troubles, insulter
le Pape et les autres religieux et chercher à
nuire à tous ceux qui restaient attachés à Thuong-Trung-Nhut.
On alla jusqu'au Saint-Siège pour y fomenter des
troubles.
A
partir de ce moment, le village modèle devint
un lieu de plaisirs mondains, des tripots de jeux
s'y installèrent et furent fréquentés par des
gens de tout acabit. Le Saint-Siège ne put plus
y exercer un contrôle et de très nombreux végétariens
d'antan revinrent malheureusement au régime carné.
Les
honnêtes gens durent quitter le village pour aller
habiter sur d'autres terrains aux environs du
Saint-Siège, ou rentrèrent dans leur pays natal.
Bientôt des dissidents entraînés par une vie déréglée
de débauche, d'impiété s'en allèrent ailleurs,
loin de la Terre Sainte ! nombre d'entre eux abandonnèrent
la religion ou s'unirent à d'autres sectes dissidentes.
Présentement, il n'y reste qu'une trentaine de
maisons et les fidèles qui avaient vu le village
lors de l'époque de prospérité, ne purent retenir
leurs larmes devant un spectacle aussi désolant.
Ainsi
fut dévasté le village modèle que le Pape défunt
Thuong-Trung-Nhut eut toutes les peines du monde
à créer et à faire prospérer.
Thuong-Trung-Nhut
créa au Saint-Siège de petits artisanats pour
apprendre aux religieux, à leurs enfants et surtout
aux orphelins, un métier qui leur permettrait
de gagner leur vie honnêtement. Thuong-Tuong-Thanh
ayant reçu la mission de détruire toutes les œuvres
de Thuong-Trung-Nhut, chercha tous les prétextes
à cet effet. Il prêcha à tous venants, que pour
mener la vie d'un vrai religieux, il ne suffisait
que de réciter des prières du matin au soir, que
point n'était besoin de travailler comme les profanes
et qu'on pourrait bien imiter les bonzes mendiants
du Cambodge ou du Siam.
On
faisait beaucoup de cultures maraîchères dans
l'enceinte de la Terre Sainte. Sous le prétexte
que le rendement n'était pas avantageux, la main-d'œuvre
étant plus chère que les produits récoltés, Thuong-Tuong-Thanh
fit arrêter toutes ces cultures et renvoyer dans
leur famille tous les religieux jardiniers. La
suppression des artisanats et la cessation des
cultures avaient deux buts : premièrement, obéir
aux ordres des Autorités, secondement, décourager
tous les Caodaïstes habitant le Saint-Siège pour
les faire rentrer chez eux, car la plus grande
partie d'entr'eux, malgré toutes les persuasions,
pressions, menaces, continuaient à s'attacher
à Thuong-Trung-Nhut(1) qu'ils adoraient à l'égal
d'un Dieu .
5
) Quelques Caodaïstes habitant les environs du
Saint-Siège ne purent payer leurs impôts à temps
; ils furent arrêtés et traduits devant le tribunal
de simple police qui les condamna à la prison
et à l'amende et rendit civilement responsable
des amendes, Thuong-Trung-Nhut au lieu de Thuong-Tuong-Thanh
qui représentait alors la religion auprès de l'administration.
Pour
protester contre ce jugement inique, Thuong-Trung-Nhut
ne paya pas ces amendes et se laissa arrêter et
incarcérer avec son insigne de la Légion d'honneur
!!!
Dans
son désir d'humilier Thuong-Trung-Nhut, M. Vilmont,
administrateur de Tây-ninh, ne prit aucune formalité
pour enlever cet insigne. On n'eut aucun égard
ni à Lê Van Trung, une première personnalité annamite,
ni à l'insigne de la plus haute distinction
française qui n'avait plus aux yeux de Lê
Van Trung aucune valeur. Il dut, dès sa sortie
de prison, écrire au Président de la République
française pour lui rendre sa Croix de Chevalier
de la Légion d'Honneur ( un fait historique très
important ).
Pour
protester contre cette iniquité, cette insulte
à la personnalité de leur Frère aîné et supérieur
vénéré, tous les Caodaïstes, hommes, femmes et
enfants résidant tant au Saint-Siège qu'au environs
firent la grève de la faim durant 48 heures, le
temps de l'emprisonnement de Thuong-Trung-Nhut
qui, lui aussi, se contenta en prison, d'un petit
verre d'eau fraîche par jour. C'était l'indignation
générale.
Pour
avoir conservé dans le coffre-fort du trésorier
du Saint-Siège des documents religieux à lui,
remis par Lê Ba Trang ( Ngoc-Trang-Thanh ) à l'appui
de sa plainte contre Thuong-Trung-Nhut, Lê Van
Bay ( Giao-Su Thuong-Bay-Thanh ) alors secrétaire
général du Thuong-Hôi ( Haut Conseil Sacerdotal
), fut poursuivi par Lê Ba Trang pour abus de
confiance. Celui-ci prétendit que ces papiers
lui appartenant en propre, il les avait réclamés
à Lê Van Bay qui ne jugea pas légitime de les
lui rendre pendant son absence du Saint-Siège
; une convocation fut adressée à Lê Van Bay qui
n'en fut pas touché. On en profita pour lancer
contre lui un mandat d'amener. Lê Van Bay se trouvant
à Phnom-Penh, dut louer une auto pour se transporter
à Tây-ninh, sous l'escorte d'un agent de la sûreté.
Lê Van Bay aurait du être menotté et transporté
dans le fourgon ordinaire destiné aux gens arrêtés,
mais c'était sur l'intervention de Me Lortat-Jacob,
le défenseur de la Religion, qui avait protesté
contre cette mesure et assurait le juge que Lê
Van Bay jouissait d'une grande considération au
Cambodge.
Malgré
que les documents furent trouvés solidement cachetés
intacts dans un coffre du Saint-Siège, le juge
de Tây-ninh envoya néanmoins Lê Van Bay à la mensuration
et à la photographie tout comme un bandit de grand
chemin. La plainte fut classée après, mais, au
méprise de la justice, ledit juge rendit à Lê
Ba Trang ces papiers qui devaient rester la propriété
de la Religion. Nous étions au moment des persécutions
déclenchées contre tous ceux qui s'attachaient
au Pape défunt, tandis Nguyên Ngoc Tuong et Lê
Van Trang ainsi que leurs partisans étaient tabous.
Les
lois religieuses interdisent pourtant aux simples
adeptes d'intenter même des procès au civil ;
mais des grands dignitaires se permirent de poursuivre
en correctionnelle d'autres dignitaires pour une
affaire religieuse. Les documents religieux sont
la propriété du Sacerdoce, mais ne peuvent être,
en aucun cas, la propriété personnelle d'aucun
fidèle, fût-il Pape. Lê Ba Trang voulut s'en servir
pour une campagne de presse contre Thuong Trung
Nhut afin d'essayer de le déshonorer. "
Les
tentatives faites pour s'emparer du trône papal
de Tây-ninh au profit de la secte de Bên-tre,
font apparaître de bien pénibles complaisances
et complicités. Les procédés employés sont plutôt
sataniques que divins. La période qui suivit la
mort de Lê Van Trung aura été douloureuse. Voici
la conclusion du Frère Lê Van Bay : " Actuellement,
à la suite de nombreuses critiques, tant de ses
amis que de ses partisans, Nguyên Ngoc Tuong ne
se fait plus appeler " Giao-Tông " (
Pape ) Nguyên Ngoc Tuong, mais simplement Anh-ca
( frère aîné ). Ces derniers temps, il signa des
lettres ou circulaires avec le grade de Dâu-Su
( Cardinal ) Thuong-Tuong-Thanh.
Depuis
1938, il s'enferme toujours dans une chambre sise
au premier étage du temple de Bên-tre, ne fait
qu'un repas par jour ( à midi - au Ngo ), pratique
le yoga et se livre au spiritisme : la médiumnité
par incorporation. Il croit, pauvre homme, que
l'Esprit Ly Tai Pé s'incorpore en lui pour faire
des miracles. Depuis 1932, il eut des doutes sur
la médiumnité du Hô-Phap Pham Công Tac ( le supérieur
actuel ), mais depuis 1935, il a une confiance
absolue en la médiumnité d'un jeune pâtre du nom
de Cho improvisé médium. Juste châtiment : on
est puni par où l'on a péché. Il voulait enfermer
le pape défunt, Thuong-Trung-Nhut, et le voici
maintenant enfermé à son tour : justice immanente.
"
La
secte des " Séraphins de la Grande Religion
" compte des " Généraux " et des
" Guerrières ", assure-t-on, et aurait
des ramifications dans certaine police de provocation,
malgré les sabres de bois que portent les adeptes
et qui rappellent qu'ils furent des gens de guerre
chinois en leurs vies antérieures. Leurs temples
bizarres ont des tours ressemblant à des forteresses
de bois.
La
secte des Tuyêt-Côc comprend des hérétiques qui
croient que pour devenir Bouddha, il suffit de
se priver de 5 sortes de céréales : riz, maïs,
soja, haricots, sésame.
Il
n'étaient en 1932, qu'une dizaine ( hommes, femmes
et enfants compris ). Ils vivaient au Saint-Siège
de Tây-ninh dans une maison appelée " nhà
tinh " ( lieu de méditation ) créée par les
seuls soins de Thuong-Tuong-Thanh et destinée
à ceux qui voulaient pratiquer la méditation et
le Yoga. C'était la marotte de Thuong-Tuong-Thanh.
Cette maison était contiguë à une autre habitée
par Thuong-Tuong-Thanh qui, déjà aimait à se livrer
au mysticisme, à l'hérésie. Ces hommes se privent
de céréales et ne se nourrissent que de légumes.
Hommes, femmes et enfants se rasent la tête et
portent le costume des bonzes mais en étoffe noire.
Ils continuent à réciter des prières bouddhiques.
A
un moment, tous les soirs, ils étaient en transe
et cela durait parfois toute la nuit et même le
lendemain. Dans la journée, ils ne faisaient rien
ou presque rien.
(1)
Pour la clarté de l'exposé, signalons que Lê Van
Trung est le nom de Thuong-Trung-Nhut en religion.